Je me lève à sept heures du matin, comme chaque jour. Je suis toujours
en forme, car dormir douze heures, c'est vraiment relaxant et réparateur. Je
m'habille de ma combinaison que j'avais déposée la veille dans le tube, et je
pris mon injection. Il n'y avait pas de bruits. Soit mes parents étaient déjà
partis, soit...
Je me lave le visage, puis saute dans la capsule qui m'attend devant les
baies vitrées de ma chambre. Les lumières s'éteignent automatiquement derrière
mon passage. La ville est toute calme. C'est à croire qu'il n'y a personne.
Pourtant, il y a des millions de petites capsules comme la mienne qui vole
jusqu'à leur point d'arrivée. Tout est ordonné, il n'y a pas d'embouteillages,
de collisions et ma capsule me dépose
devant l'ascenseur qui me dépose comme hier devant ma salle de classe. C'est
une pièce immense qui peut bien contenir une centaine d'élèves. Il y a des
tables individuelles pour chacun et un scanner qui leur sert à scanner leur
bracelet qui transmet les informations que chaque élève doit lire et qui sont
projetées devant eux comme un hologramme, ou sur une petite tablette qu'ils
tiennent comme un livre.
Je m'assis à ma table habituelle, la dix-septième du dernier rang en
partant de la gauche. À côté de moi, je ne sais pas qui c’est. Je n'ai jamais
tourné la tête pour demander leurs noms. Je ne leur ai jamais adressé des
paroles. Je n'ai pas le temps. Enfin, si, peut être une fraction de seconde,
mais cela voudrai dire que je finirai une fraction de seconde en retard que les
autres. Mais la tentation de changer un peu ma vie était comme un rêve
inaccessible mais pourtant à porter de main... Changer ma vie monotone, changer
la vie d'une personne ordinaire.
Petit picotement au niveau du poignet. Comme d'habitude.
Je regarde mon poignet, vérifiant mon emploi du temps qui est le même
depuis treize ans. Je vis le programme d'histoire que je dois étudier pour
aujourd'hui, celui de science, technologie et magie. Pas de changements. Dans
quatre heures, je recevrai une seringue qui m'est destinée, et j'étudierai
encore quatre heures. Ensuite je rentrerai et... attendez! J'étais convoquée au
bureau de la directrice avec mes parents! Je mis plusieurs minutes à assimiler
l'information. Pour moi, c'est un vrai choc: un bouleversement de mes
habitudes... Et j'allai rencontrer mes parents! Pour la deuxième fois dans ma
vie: la première à ma naissance -je crois, car le reste de mes jours jusqu'à
que j'ai su marcher, je les ai passé dans un centre de maternité immense.
Je me souviens de femmes-robots, les hybrides, qui s'occupaient
de moi et de millier d'autres enfants comme moi. La particularité des choses
avec les hybrides c'est qu’ils ne se fatiguent jamais. C'est une
invention ressente réalisé avec la collaboration de plusieurs scientifiques,
techniciens -etc...- de plusieurs planètes. L'idée vient d'un ancien Japonais,
mais vu qu'à cause des déplacements des continents, il ne reste aujourd'hui
plus que l'ancienne Amérique et l'Antarctique qui ne tarderons pas à se coller
à l'immense territoire que forment les
anciennes Europe, Asie, Afrique et Océanie. Il y a aussi l'Atlantide mais elle
est sous le peu d'eau marine qu'il nous reste. Je n'ai pas beaucoup
d'informations sur l'Atlantide. Elle a été découverte vers la fin du milieu du
3e Millénaire, par un marin ordinaire. Le Peuple de l'Eau connaissait déjà
notre existence il y a des milliers
d'années, car ils s'étaient exilés des humains qu'ils trouvaient trop stupides
et cruels. C'est vrai que qu'à l'époque, notre cerveau n'était pas très développé,
ainsi que notre moral. Je me demande comment mes ancêtres -lointains, certes-
avaient une intelligence aussi sous développée et une obstination à vouer un
culte plus ou moins douteux à un dieu ou déesse qui selon eux, les avait créé,
la Terre, les humains et le Monde, et si leurs voisins ne vénéraient pas leur
dieu, ils les obligeaient ou les tuaient, de façon plus ou moins immonde.
Surtout que certains d'entre eux se servaient des autres en prétendant qu'une
personne innocente était plongée jusqu'au cou dans le mal. Jolie façon de se
débarrasser de quelqu'un que l’on n’apprécie guère. C'est comme ça que mes
ancêtres ont eu un peu de mal plus tard avec les préjugés, les différences, le
racisme. Après, ça c'est adouci.
Ne voulant pas avoir du retard sur mon programme de la journée, j'essaie
d'oublier un peu cette surprenante nouvelle et lis mon cours -histoire. C'est
très important pour la population de connaître
notre passé, pour faire en sorte de ne pas répéter les erreurs commises
et de ne pas rester ignorant(e).
Quatre heures plus tard, je suis interrompue par ma lecture par un
plateau où repose une petite seringue que j'attrape précautionneusement et
j'attends le petit voyant vert pour que je puisse me l'administrer. La petite
lumière fluorescente indique si la seringue a bien été remise à son
propriétaire et le bracelet le scanne pour vérifier si celle si est bien propre
et ne contient pas de défaut nuisibles pour la santé -du propriétaire, bien
entendu.
Après ce « repas », je me demande comment mes vieux ancêtres
faisaient pour manger tous ces aliments si gras et mauvais pour le corps. Mais
en même temps, je suis habituée -comme tous ceux qui m'entoure- de ce produit
de consommation, alors c'est normal que je n'arrive pas à imaginer quoi que ce
soit de différent à ma vie. Je n'ai pas le temps pour ça. Personne n'en a. Non
que l'on vit dans l'angoisse de la mort ou de ne pas respecter son emploi du
temps; c'est tout le contraire. C'est une règle fondamentale, un principe
tellement important. Avant, il n'y avait pas assez de temps de vie aux malades.
Pas assez de temps pour accomplir certaines choses, importantes ou non. Pas
assez de temps pour se faire pardonner. Pour vivre. Pour mourir. C'était avant,
tout ça. Il n'y a aujourd'hui plus de problème avec la santé, le temps indiqué
pour accomplir des tâches, le temps pour vivre, le temps pour mourir. Par
contre, je pense que nos activités sont simples pour ne pas nous faire perdre
de temps sur des remords ou autres sentiments contradictoires qui nuiraient à
l'accomplissement de nos tâches et empêcheraient de bien travailler sur un
projet en tourmentant la tête de façon inutile.
Je pense. Mais je n'ai pas le droit de penser à se genre de choses. Ce
n'est pas bien pour moi, je m'encombre de pensées inutiles. C'est la preuve de
la petite sensation d'engourdissement au poignet, que je suis habituée que je
ne ressens plus rien à présent. Je sombre dans l'inconscience. C'est étrange,
la dose est plus forte que d'habitude... Je me sens attirée par un trou noir.
Au fond, c'est presque apaisant, de ne plus obéir aux habitudes, d'être libérée
des chaines qui me retiennent de mes réflexions, c'est soulageant.
Je me laisse emportée par une grande vague qui m'entraîne, loin de moi,
loin de tout.
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